Initiation à la connaissance du patrimoine immatériel du continent
Paru le: 11/04/2009
Art nègre, art primitif, art premier, art ancien sont les dénominations, certaines à connotation péjorative très prononcée, que l’occident attribue à l’art africain pour le définir sans jamais parvenir à le cerner d’une manière précise.
Réduire à un seul mot la grande variété de formes et de styles propres au continent africain a été, durant des siècles, une étroite vue de l’esprit de l’occident ; ce dernier a toujours considéré que les formes d’art qui n’obéissent pas à ses canons esthétiques ne peuvent être classées que comme « curiosités exotiques » .
Le patrimoine culturel de l’Afrique, qui a fasciné tant d’artistes à travers le monde, ne peut se comprendre et être appréciée à sa juste valeur que s’il est exposé et expliqué à travers un contexte historique, social et artistique approprié .seule cette approche permet de dévoiler les mystères qui se cachent derrière chaque objet et de découvrir l’histoire des peuples d’Afrique.
Les objets crées par les artistes, en majorité des hommes, ne sont pas un simple exercice de style mais répondent à un besoin existentiel qui relient deux mondes ou deux forces indispensable à l’équilibre et l’harmonie de la société africaine : la nature incontrôlable, caractérisée par un désordre dont l’aboutissement est la mort, et l’ordre social structuré, mis en place par les anciens, qui régit le quotidien de chaque tribu, de chaque clan sans aucune ambigüité. Cette dimension religieuse, culturelle et usuelle que possède et reflète chaque objet est une donnée primordiale qui l’emporte sur toutes les autres valeurs, particulièrement esthétique. Au delà de la beauté formelle et du sens spirituel qui s’en dégage, l’expérience proprement africaine et sa manière de vivre l’Univers révèlent que tout objet possède une âme .Cette approche permet aux africains de voir ce que d’autres ne voient pas où sont incapables de voir, ce savoir d’initié est l’aboutissement d’un long parcours que tout profane se doit d’accomplir.
Contrairement à l’art occidental où les artistes entrent en confrontation pour faire valoir leurs idées artistiques, les africains sont plus préoccupés par l’idée de transmettre le spirituel, le rituel, le pouvoir magique des forces occultes le prestige social. Au service d’une idée, d’un idéal ces créateurs sont restés anonymes car ils n’attachaient aucun prix à être pérenniser .Leur art s’étant développé sans influence extérieure, il est plus que recommandé de l’aborder avec un angle tout à fait opposé à celui des arts occidentaux.
1 - Il n’a pas pour objectif de véhiculer une quelconque idéologie, mais de nous amener à percevoir l’univers autrement.
2 - L’ancienneté d’une œuvre n’a jamais été un gage de sa qualité où de sa valeur .la valeur symbolique de l’objet est plus forte que toute autre appréciation
L’Exposition les « Arts anciens » permettra de dévoiler tous ces aspects de l’art africain, dans toute sa diversité, à travers le cycle de la vie qui, de l’enfance à la mort, conditionne l’homme ou la femme à des taches et à des rôles précis tout est inscrit en partant de la naissance, puis en allant vers la vie sociale et enfin la mort ,qui est le retour chez les ancêtres qui a été préparé par toute la vie sur la terre des humains .
Une exposition d’art africain est également l’occasion de découvrir une certaine idée de la féminité.
Si le corps féminin sollicite autant les sculpteurs africains, c’est qu’il transmet des suggestions et des émotions fortes avec leurs formes ni rigides ni hiératiques .selon le cas, elles évoquent autant l’idée de sensualité que de fécondité.
Comme dans la plupart des sociétés, la différentiation sexuelle est codifiée et gérée d’une façon specefique.A l’univers masculin sont dévolus l’organisation et la gestion des territoires ou de la chefferie, le culte religieux, les domaines de la chasse et de la guerre. Le pouvoir politique et spirituel étant fréquemment liés, il est arrivé que des femmes soient amenées à exercer des fonctions dans la vie politique ,économique, sociale et religieuse .Les objets réalisés, habituellement, par les hommes, et pour des pratiques dont ils ont la responsabilité, transmettent des informations qui touchent non seulement à l’esthétique mais aussi aux fonctions occupées par les hommes et les femmes.
Les couleurs jouent, également, un grand rôle dans la compréhension des sociétés africaines : le blanc, par exemple est la couleur des trois passages que sont :
- La naissance qui est ‘entrée dans le monde des humains
- L’initiation qui introduit à la vie sociale et au mariage qui engage à la construction de la société
- La mort qui est l’aboutissement final d’une vie.
La beauté, l’originalité, l’émotion ou la magie qui se dégagent des œuvres d’art africain doit beaucoup à la fonction sociale, au rôle rituel ou magique qu’elles jouent. « Plus l’objet a une fonction importante, plus ses qualités esthétiques sont évidentes ; un lien étroit a une fonction et beauté, l’une supportant l’autre en favorisant son éclosion et la seconde magnifiant la première en l’exaltant ».
L’exposition les « Arts Anciens »permettra au public algérien de découvrir et admirer des chefs d’œuvres aux formes les plus abouties .Cette exposition se propose, en sens, de mettre en évidence le rôle prépondérant de ces objets (culturels, usuels, magiques, sacrés, ethnographiques,…)dans la transmission d’un savoir à la fois sociologique, ethnographique ,historique et émotionnel.
Au sein des civilisations sans écriture de l’Afrique ancienne, la transmission du savoir d’un peuple ou d’un groupe s’appuyait d’une part sur la tradition orale, et d’autre part sur le rôle joué par les objets culturels et usuels. L’exposition les « Chefs d’œuvres africains du patrimoine oral et immatériel de l’humanité » a pour objectif sera l’occasion de mettre en valeurs les traditions africaines.
Plusieurs états ont ratifié la Convention pour la sauvegarde du patrimoine oral et immatériel de l’humanité en octobre 2003 par la Conférence Générale de l’UNESCO .Le patrimoine culturel ne se limite pas à ses seules manifestations tangibles, comme monuments et les objets qui ont été préservés à travers le temps. Il embrasse aussi les expressions vivantes, les traditions que d’innombrables groupes et communautés d’Afrique ont reçues de leurs ancêtres et transmettent à leurs descendants, souvent oralement .ce patrimoine vivant, dit immatériel, donne à chacun de ceux qui en sont les dépositaires un sentiment d’identité et de continuité, tant il se l’approprie et le recrée constamment.
Par patrimoine culturel immatériel, il faut entendre les traditions et expressions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales et rituelles, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers, les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.
La notion de patrimoine oral et immatériel recouvre des réalités abstraites comme le geste, la parole ou la mémoire historique et recouvre soit :
1/des formes d’expression populaires ou traditionnelles
2/des espaces culturels, ces derniers étant définis comme des « lieux où se concentrent des activités populaires et traditionnelles »
Cette exposition documentée et visuelle mettra en scène les chefs d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité en utilisant la vidéo par immersion. Ce concept permet de restituer le contexte des chefs d’œuvre en interaction avec le visiteur. C’est une initiation à la connaissance du patrimoine immatériel .Ce dernier se compose : D’ondes : sons, voix, langues, musiques ,de gestes : usages et pratiques du corps, danses, démonstrations scientifiques ou techniques ,de rites de passage, de rituels religieux sacrés ou secrets.
Le patrimoine culturel immatériel se manifeste notamment dans les domaines suivants :
- Les traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel : Comme L’EPOPE AL-SIRAH AL-HILALIYYAH (2003- Egypte).
- Les arts du spectacle : représentés par L’AHELIL du Gourara (Algérie 2005) et les chants polyphoniques des Pygmées Aka (République de Centrafrique 2003)
- Les pratiques sociales, rituels et événement festifs : comme le GULE WAMKULU (2005 –Malawi, Mozambique, Zambie)
- Les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers : exemple l’Espace culturel du Yaaral et du Dégal (2005- Mali)
- Les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel, tel que le savoir-faire du travail du bois des Zafimaniry(2003- Madagascar)
La culture Immatérielle dans cette exposition qui est conçu comme une imbrication de huttes formant des espaces restituant le contexte du Chef d’œuvre et les objets qui le représentent. Les nouvelles technologies multimédias sont employées dans le cadre de la recontextualisation des chefs d’œuvre : des espaces de projection qui reconstituent les chefs d’œuvre de l’Afrique dans une dynamique de simulation avec une filmographie sélectionnée.